
Haut potentiel, hypersensibilité, neuroatypie… Ces termes sont souvent confondus. Comment mieux comprendre son fonctionnement et comment l’art-thérapie peut-elle accompagner les personnes qui se sentent différentes ?
Certaines personnes me disent : « J’ai toujours eu l’impression d’être différente », « Je réfléchis trop », « Je ressens tout très fort », « Je remarque des choses que les autres ne semblent pas voir » ou encore « Mon cerveau ne s’arrête jamais ».
Derrière ces ressentis peuvent se trouver des réalités très différentes : une grande sensibilité, un fonctionnement intellectuel particulier, un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme, une histoire personnelle qui a renforcé l’hypervigilance… ou plusieurs éléments qui se combinent.
Aujourd’hui, les termes haut potentiel, hypersensibilité et neuroatypie sont très présents. Ils peuvent aider à mettre des mots sur un vécu, mais ils sont également parfois utilisés comme s’ils étaient synonymes.
Or, ils ne désignent pas la même chose.
Les différencier permet déjà de porter un regard plus juste sur soi-même ou sur son enfant.
Le haut potentiel intellectuel : de quoi parle-t-on ?
Le haut potentiel intellectuel, souvent abrégé HPI, désigne avant tout un fonctionnement cognitif caractérisé par des capacités intellectuelles particulièrement élevées.
Son identification repose sur une évaluation psychométrique réalisée par un psychologue, généralement à l’aide d’une échelle d’intelligence adaptée à l’âge de la personne.
Il est donc important de rappeler qu’une liste de caractéristiques trouvée sur Internet ne permet pas de déterminer si une personne est HPI.
On associe parfois systématiquement le haut potentiel à une pensée extrêmement rapide, une grande créativité, une hypersensibilité, un sentiment de décalage, une forte intuition ou encore un grand sens de la justice.
Certaines personnes à haut potentiel peuvent effectivement se reconnaître dans plusieurs de ces caractéristiques. Mais elles ne sont ni obligatoires ni spécifiques au HPI.
Chaque personne possède son histoire, sa personnalité, son environnement et sa manière particulière d’utiliser ses ressources.
Être HPI n’est donc pas une personnalité en soi.
Et surtout, le haut potentiel n’est ni une maladie ni un trouble psychologique.
L’hypersensibilité : ressentir avec une grande intensité
L’hypersensibilité renvoie davantage à une sensibilité particulièrement importante aux informations émotionnelles ou sensorielles.
Une personne peut, par exemple, être fortement touchée par une remarque que d’autres oublieraient rapidement. Une ambiance tendue peut lui peser pendant plusieurs heures. Elle peut avoir besoin de davantage de temps pour retrouver son équilibre après une situation émotionnellement intense.
Cette sensibilité peut également concerner les perceptions sensorielles : bruit, lumière, odeurs, textures, température, contacts physiques…
Une journée dans un environnement très stimulant peut alors entraîner une véritable fatigue.
Mais l’hypersensibilité ne se résume pas à « être trop émotif ».
Elle peut aussi s’accompagner d’une grande finesse d’observation, d’une attention particulière aux nuances, d’une vie intérieure riche, d’une sensibilité artistique ou d’une forte réceptivité à l’environnement.
Elle peut donc représenter à la fois une vulnérabilité dans certaines situations et une véritable ressource dans d’autres.
Peut-on être hypersensible sans être HPI ?
Oui.
C’est même une distinction essentielle.
Une personne peut être hypersensible sans présenter de haut potentiel intellectuel. Inversement, une personne HPI n’est pas nécessairement hypersensible.
On peut également rencontrer une grande sensibilité chez des personnes présentant d’autres fonctionnements neurodéveloppementaux, mais aussi chez des personnes qui ne présentent aucune neuroatypie particulière.
L’histoire de vie compte également.
Une personne ayant vécu longtemps dans un environnement imprévisible ou insécurisant peut, par exemple, devenir extrêmement attentive aux réactions des autres.
Elle remarque une modification de la voix, un changement d’expression ou une tension dans une pièce avant même que quelqu’un ne dise quoi que ce soit.
Dans ce cas, ce qui ressemble extérieurement à une « hypersensibilité » peut également relever en partie d’une hypervigilance acquise au cours de l’histoire personnelle.
C’est pourquoi il est important de ne pas enfermer une personne dans une étiquette.
Et que signifie « neuroatypique » ?
Le terme neuroatypique est aujourd’hui largement utilisé pour parler de personnes dont le fonctionnement neurologique ou cognitif s’écarte de celui considéré comme majoritaire.
On l’emploie notamment dans le contexte du TDAH, de l’autisme ou des troubles spécifiques des apprentissages, même si son usage est plus large et n’a pas toujours une définition unique selon les contextes.
Là encore, il faut éviter les raccourcis.
Avoir beaucoup d’idées ne signifie pas automatiquement avoir un TDAH. Aimer être seul ne signifie pas être autiste. Être très sensible ne signifie pas être HPI.
Lorsqu’une personne rencontre des difficultés importantes dans son quotidien, une évaluation réalisée par un professionnel compétent peut permettre de mieux comprendre ce qui se passe.
L’objectif n’est pas de mettre une personne dans une case.
Il s’agit plutôt de pouvoir dire :
« Maintenant que je comprends mieux mon fonctionnement, de quoi ai-je besoin pour vivre plus sereinement avec celui-ci ? »
Le sentiment de décalage
C’est probablement l’un des thèmes que je rencontre le plus souvent dans mon travail.
Certaines personnes ont grandi avec l’impression d’être « trop » : trop sensibles, trop bavardes, trop silencieuses, trop curieuses, trop intenses, trop exigeantes…
D’autres ont plutôt entendu qu’elles n’étaient « pas assez » : pas assez concentrées, pas assez sociables, pas assez organisées, pas assez rapides…
À force, ces messages peuvent participer à la construction d’une image négative de soi.
La personne ne se demande plus seulement :
« Pourquoi est-ce difficile pour moi ? »
Elle finit parfois par penser :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
C’est là que l’accompagnement thérapeutique peut prendre tout son sens.
Pourquoi l’art-thérapie peut-elle être intéressante ?
L’art-thérapie permet d’utiliser la création comme médiation thérapeutique.
Il ne s’agit pas de produire une belle œuvre, et il n’est absolument pas nécessaire de savoir dessiner.
Une couleur, une forme, un collage, quelques mots, une image ou un trait peuvent devenir une manière d’exprimer quelque chose qui reste difficile à formuler verbalement.
Prenons un exemple.
Je peux proposer à une personne de représenter sur une feuille :
« Comment je me sens lorsque je suis submergé(e) ? »
Il n’y a pas de bonne réponse.
La personne peut tracer des lignes très serrées, remplir entièrement l’espace, utiliser une multitude de couleurs ou, au contraire, laisser presque toute la feuille vide.
Ce qui devient intéressant dans le travail thérapeutique n’est pas d’interpréter arbitrairement son dessin.
C’est ce que la personne elle-même va pouvoir en dire, ressentir et découvrir.
« Je manque d’espace. »
« Tout se mélange. »
« Je voudrais sortir de là. »
« Je réalise que je ne m’autorise jamais à m’arrêter. »
La création devient alors un support permettant de poursuivre le travail.
Apprendre à mieux connaître son propre fonctionnement
Dans mes accompagnements, je travaille notamment autour de la confiance en soi, de la légitimité, des émotions, des relations, des limites, de la frustration, du sentiment d’injustice, de la motivation, des peurs ou encore de la suradaptation.
Mais l’objectif n’est pas de supprimer la sensibilité.
Il n’est pas davantage de faire entrer la personne dans un fonctionnement considéré comme « normal ».
Il s’agit de l’aider progressivement à différencier plusieurs choses :
Ce que je ressens.
Ce dont j’ai besoin.
Ce qui m’appartient.
Ce qui appartient à l’autre.
Ce que j’accepte.
Ce que je ne souhaite plus accepter.
Cette distinction peut être particulièrement importante lorsqu’on a passé beaucoup de temps à s’adapter à son entourage.
Ne plus chercher uniquement à entrer dans une case
Découvrir le haut potentiel, l’hypersensibilité ou une neuroatypie peut parfois provoquer un immense soulagement.
Enfin, certaines expériences prennent du sens.
Mais une étiquette, même lorsqu’elle est pertinente, ne raconte jamais toute une personne.
Nous sommes aussi constitués de notre histoire, de nos relations, de nos expériences, de nos blessures, de nos ressources, de nos valeurs, de nos désirs et de notre créativité.
L’enjeu thérapeutique n’est donc pas seulement de pouvoir dire :
« Je suis comme ceci. »
Il peut progressivement devenir :
« Je comprends mieux comment je fonctionne et j’apprends à construire une vie qui respecte davantage qui je suis. »
Et c’est souvent à cet endroit que la sensibilité peut commencer à ne plus être vécue uniquement comme quelque chose à subir, mais aussi comme une partie de soi à comprendre, à apprivoiser et parfois à transformer en ressource.














